Archive pour mai 2007

“Travailler plus pour gagner moins” : c’est possible

Jeudi 24 mai 2007

Voici une annonce, somme toute très banale, trouvée sur l’excellent site d’emploi Alsacréations :

Pour des missions de quelques jours à quelques semaines, nous sommes à la recherche d’un intégrateur XHTML / CSS2 Freelance.”
La maitrise parfaite de XHTML et CSS2 sur Firefox et internet explorer est indispensable, la connaissance de Javascript et AJAX est un plus.
Référence : xhtmlCSS_FREE
Type de contrat
Durée déterminée (CDD, …)
Durée (si stage ou CDD) :
Poste à pourvoir à une date précise : ASAP
Lieu : Paris (Ile de France)
Télétravail possible : non
Compétences requises
xhtml
css

Le petit détail qui m’a mis la puce à l’oreille est la présence concommitante d’une demande de free-lance et la mention “télétravail possible : non”.

Il va falloir que l’on m’explique comment un free-lance peut travailler autrement que par télétravail. N’essayez même pas de tenter une explication : il n’y en a tout simplement pas. Ou plutôt si, il en existe une mais elle est d’ordre pécuniaire pour l’entreprise qui s’engage dans cette voie.

Je rappelle à cette entreprise de Neuilly-sur-où-vous-savez, que le délit de travail dissimulé est constitué, entre autre, lorsqu’une entreprise a eu recours à des pratiques de fausse sous-traitance, c’est-à-dire si, sous couvert d’un contrat de sous-traitance, elle emploie des travailleurs en état de subordination caractérisant un travail salarié… Le travail dissimulé ou clandestin est susceptible de sanctions pénales (3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende).

La prison, fût-elle avec sursis, n’est pas faite que pour la “racaille karchérisée”. Toi aussi, avec ton T-shirt sympa, ton jean “Diesel” et tes baskettes “Puma”, tu y as droit (tiens ça me fait penser à une chanson du Klub des Loosers).

J’imagine d’ici la tête des gens de l’ursaaf qui se frottent les mains avec les pénalités de retard… en plus du principal.

Vous vous dites, et c’est compréhensible “Eh Dame tartine… t’en rajoutes pas un peu là ?” (à prononcer avec l’accent québéquois de tetesaclaques.tv) . Ami lecteur, la réponse est négative : un rapide coup de téléphone à la société m’apprend qu’il faut travailler sur place ; c’es-à-dire au sein de l’entreprise ou en déplacement chez le client.

Je fait gentiment remarquer à mon interlocuteur, qu’il y a comme une “odeur de poudre sur cet état de fait” (le freelance, le lieu travail, tout ça quoi)… silence géné de ce dernier.

M’est avis qu’il y un lien de subordination. Tient ça sent la “requalif” en CDI pour ceux que ça tente.

Dame Tartine… en rajoute une couche

Le client a toujours raison… puisqu’il paye

Mercredi 16 mai 2007

Où l’on apprend que la conception d’e-mail répond à un tropisme absolu : le client à toujours raison… puisqu’il paye.

Le passage en agence est toujours une expérience enrichissante. Elle vous permet de réévaluer votre travail à l’aune des lois (effectives) du marché. Ainsi donc de cette expérience où un fabricant d’OS me demande (via l’agence) de concevoir un e-mail corporate à destination de ses “grands comptes”.

Lorsque je dis concevoir, le terme est excessif, puisque le mail était déjà existant, et qu’il me faut l’adapter à une nouvelle trogne. OK, no problemo, codage “old school”, URLs qui vont bien et tracking idoine. Passage en validation pour BAT (vous remarquerez ici le pillage sémantique du off-line). Retour à l’envoyeur. Motif : notre interlocuteur ne parvient pas à faire un copier/coller dans word ??? Je dois donc lui faire parvenir, séance tenante, un mail en format word (un .doc pour être plus précis).

Je fais remarquer à la chargée du dossier que cela n’a pas lieu d’être dans la mesure ou un e-mail n’a pas pour vocation première à être ouvert dans ce logiciel et que ce faisant il nous est impossible d’en garantir le rendu. Mais celle-ci insiste et me demande de faire ce que le client souhaite, point barre.

Je propose que nous en discutions avec le client et lui expliquer les tenants et aboutissants.
- “Discuter avec le client surtout pas … on ne discute pas avec le client”.

Petit aparté pour faire remarquer que la notion de conseil tant vantée par l’agence (conseils en communication (sic)) en prend un sacré coup dans l’aile. La valeur ajoutée aussi par ailleurs… mais encore faut-il avoir conscience de la relation entre ses deux éléments.

À ce stade, deux attitudes possibles :
- ou bien je refuse, par amour du métier de faire ce qu’il convient d’appeller une daube
- ou bien je m’execute au motif que “le client a toujours raison puisqu’il paye” .

On m’informe, dans l’oreillette, qu’outlook 2007 utilise le moteur de rendu de… WORD… Et que cela ne facilitera pas l’écriture du code.

Faites donc un petit benchmark sur les webservices, les gestionnaires de mail et les PDA : ça part dans tous les sens. L’écriture d’un e-mail n’était déjà pas simple , mais là ça devient vraiment du “brutal”. On dit merci à qui… merci monsieur Bill.
Pour ceux que cela intéresse, il existe une alternative au produit de ce monsieur : Thunderbird. Vous n’êtes pas obligé de l’adopter, mais essayez le au moins.

“Mais Dame Tartine… où c’est qu’tu veux nous enmener là ?” Et bien tout ce billet pour mettre en lumière une mécanique de production et accessoirement un rapport entre les acteurs :

  1. Le client émet une demande.
  2. Le commercial (appelé aussi Consultant) transmet la “commande” au webmestre (avec toutes les déformations que cela suppose).
  3. Le webmestre explique en retour que certains éléments ne conviennent pas.
  4. Le commercial ne veut pas prendre son téléphone pour expliquer en quoi la demande ne va pas dans le bon sens . Trop peur de perdre son client et la prime le budget qui va avec.
  5. Le client ne prend pas la bonne décision, puisque non conseillé et informé de l’impact de ses choix.
  6. Le webmestre execute un travail “à l’arrache”.
  7. Personne n’est satisfait du résultat (ah si, le commercial qui a une prime sur le montant du budget obtenu).

D’où une série de questions en contrepoint :

  1. À quand une prime sur “budget conservé/renouvelé” pour les commerciaux.
  2. Le commercial est-il une nouvelle branche d’Homo Erectus ?
  3. Le client est-il une personne adulte susceptible d’entendre le mot “NON” ?
  4. Y a t-il un enjeux pour le client à ce que le travail soit “bien” réalisé ; ou dis autrement, quelle est l’implication de notre interlocuteur ?
  5. Peut-on faire le bohneur des gens contre leur gré ?

Dame Tartine… en rajoute une couche

Produire pour quoi - Produire comment ?

Vendredi 11 mai 2007

La conception d’un site web ne s’improvise pas. Tout le monde est d’accord là-dessus (pas vous ?).

L’une de mes dernières expériences au sein d’une agence est emblématique d’une certaine façon de concevoir le web. Comme un relais de rentabilité du “off-line” dans le meilleur des cas, comme un produit d’appel au pire. Force est de constater une méconnaissance des mécanismes et des enjeux du web. A cela s’ajoute une absence totale de vision de ce que peut être l’outil internet. La fonction commerciale est au cœur de la relation client ; elle peut être une force pour l’entreprise comme sa pire ennemie.

À de nombreuses reprises, il m’a été donné de travailler avec des commerciaux. S’il est une considération “number one” pour ces chères têtes blonde (pas toutes hein !) c’est bien le montant du budget qu’elles viennent d’arracher. A ce stade, le travail à réaliser n’est plus qu’une formalité, qu’un brief s’il y en a un, saura initier.

Ainsi donc il est possible de concevoir, de créer un site, avec comme seul ligne d’horizon le montant du budget récolté.

Extrait :
* Perso 1 : Fait pêter pour 10 000 € de site
* Perso 2 : Qu’est-ce que le client veut faire, quel est sont objectif ?
* Perso 1 : On s’en fout on a 10 000 € à dépenser… mais faut que ça se fasse vite hein !
A se stade de l’absence de la réflexion, on voit bien que l’alpha et l’omega est ,et restera, la marge brute. Marge brute dont chacun sait qu’elle est inversement proportionnelle au temps de conception/réalisation.
* Perso 2 : Silence dubitatif devant ce choix visionnaire…
qui propulsera, à défaut de la reconnaissance des pairs devant la qualité du travail accompli, le résultat financier de cette agence à un niveau stratosphérique.

Stratégie, positionnement, service rendu, qualité du contenu… que nenni mon ami. Puisqu’on vous dit que le plus important c’est d’y être.. où ça… sur le net bien sûr. Le net devient onthologiquement le lieu commun de la modernité et du “IN”.

Ayant vécu ces situations (et d’autres similaires) à plusieurs reprises, je me décide à ouvrir un blog traitant de conception web. Avec un parti pris : celui de démontrer qu’un site internet ne se résume ni à sa dimension graphique, ni à sa technologie : il n’est pas réductible à la simple somme des savoir-faire qui y sont incorporés. Dans cette perspective, il [pré]suppose un nécessaire travail de réflexion en amont et en aval. La conception centrée sur l’utilisateur[trice] permet d’aller dans ce sens.

Au fait, à quand remonte vos derniers tests utilisateurs ? Avez-vous introduit les résultats de ces tests dans votre démarche actuelle ? Et vos clients, qu’en pensent-ils ?

Avec dans mon prochain billet une introduction à la question que tout le monde se pose : qui a tué Laura Palmer ? Zut, je m’a suis trompé de question. Reformulons donc en “La conception centrée utilisateurs : pour quoi faire ?”.

Et la traduction pour nos [nombreux] amis anglophonne “Centric User Design : what a fucking way”.

Rappelons ici à nos amis lecteurs, qui tout comme moi auraient “manqué” leur cours de langue vivante (sic), que le terme “design” signifie “conception” dans la langue de Shakespeare.

Dame Tartine… en rajoute une couche