La figure majeure de ce courant est sans aucun doute
le graphiste Oliver Vaughan, talentueux concepteur de
pochettes de disques. Commandées par le label 4 A D,
celles-ci ont été réalisées avec la complicité des photographes
Simon Larbalestier et Nigel Grierson. La série consacrée
aux Pixies (mises en scènes insolites et souvent morbides,
tons sépias, négatifs grattés, soumis à différentes
altérations...) évoque tour à tour l’esthétisme de Joel-Peter
Witkin, ou les imperfections des polaroids plus dépouillés
de Robert Frank dont les mots grattés dans la gélatine
semblent dégouliner de l'image...
Sandman, The Dust Cover
de McKean compile
un éventail très large de compositions photographiques
ayant servi à illustrerles couvertures de Sandman. L'univers onirique de cette bande dessinée
lui permet d'affirmer son attachement aux thématiques
surréalistes et d'expérimenter des partis pris formels
audacieux. L'image rêvée est en effet traduite par une
succession de plans sans perspective, où la profondeur
est curieusement déterminée par l'opacité des éléments
: les premières créations de McKean sont des espaces
saturés et carcéraux. Les techniques les plus variées
s'hybrident (découpages, huiles, aquarelles, encres,
photographies etc.) et deviennent les matrices de créatures
qui ne sont pas sans rappeler celles de Jérôme Bosch.
Il en est de même des “ fenêtres ” mentales que
compose l'artiste, fruit du morcellement de souvenirs
plus ou moins nets. Des bribes de phrases retiennent
le regard et semblent flotter dans ce champ visuel aussi
désorientant qu'abyssal.
Les recueils Black & White Lies et Option
Click regroupent des clichés qui ont, pour beaucoup
d'entre eux, servi à illustrer les albums de groupes issus
de la scène gothique. Désormais, l'artiste s'intéresse
surtout aux liens entre songes et chamanisme, seulement
esquissés dans les œuvres précédentes. Il décrit le sommeil
comme un espace intermédiaire permettant d'accéder au
temps sacré des origines. L'une des constantes du chamanisme
est d'associer l'initié à un animal : ce dernier a en
effet préservé le lien sacré qui nous unissait jadis au
ciel, lui seul se souvient du secret de la création. La
représentation de l'être humain est donc dans ces recueils
toujours associée à l'animalité, voire au monde végétal.
McKean nous convie ainsi à une redécouverte de cette dimension
sacrée qui a sans doute été occultée trop souvent par
l'art du XX èmes siècle.