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Pepper des Beatles mais reste encore une mise
en scène ou une galerie davantage représentative de la coloration
musicale de l’album qu’une signature graphique. Elles furent
occasionnellement un espace de représentation dans les années
1970, mais c’est la décennie suivante qui consacra la pochette
de disque comme œuvre créative à part entière.
Le label indépendant 4AD voulut se distinguer
en soumettant la direction artistique et la création d’identités
visuelles de ses couvertures d’album au graphiste Vaughan
Oliver. L’objectif était d’évoquer un paysage sonore pour
chaque personnalité et un seuil permettant d’y pénétrer. Oliver
a défini une relation étroite entre différents modes d’expressions
et influences, allant de Neville Brody pour la typographie
au dadaïsme (voir pochette Ultra Vivid Scene, page
195) et Support-Surface pour la peinture. Ces mêmes soucis
de porosité ou d’interpénétration ont abouti à d’étonnants
langages et codes musicaux. Les polices de caractères par
exemple se chargent d’accents, de sons et de notes tout en
participant pleinement à la composition plastique de l’image.
La figure et la forme conduisent toujours vers l’abstraction
musicale.
Cette démarche conduisit Vaughan
Oliver à collaborer avec de nombreux photographes, et plus
particulièrement Nigel Grierson et Simon Larbalestier. Chez
le premier, la photo agit souvent par jeux de transparences,
découpages ou associations avec le reste des éléments composant
le visuel. On est tenté de faire d’ailleurs un rapprochement
entre ce travail et celui de Joan Fontcuberta (voir pochette
Clan of Xymox, page 90). Les univers photographiques
de ces pochettes vont aussi abordées décliner nombre d’effets
techniques courants dans les années 1980. Ainsi, les premières
années de la décennie sont largement marquées par un traité
flou, granuleux et des sujets en suspends et monumentaux semblables
aux clichés de Joan Soulimant ou Corinne Mercadier (voir pochette
Le mystère des voix Bulgares, page 54). Parfois les
représentations humaines se fondent en plan successifs pour
s’imprégner du fond de l’image, se laissent envahir par d’autres
éléments ou s’estompent carrément. Le disque devient en ce
sens la profondeur ou l’âme de la pochette (voir pochette
This Mortal Coil, page 51).
Les photographies de Simon
Larbalestier, davantage tournées vers les années 1990, présentent
d’autres champs d’intérêts. Le photographe et le graphiste
cultivent l’art de la citation, révélant de fortes connivences
avec les univers d’artistes comme Joël-Peter Witkin et John
Coplans (voir la série de pochettes réalisées pour les Pixies
et plus particulièrement page 201). Le langage typographique
va aussi occuper une place plus déterminante dans l’occupation
de l’espace, être plus codifié et tendre vers l’abstraction
revisitant une vénérable préoccupation de V. Kandinsky quant
à la représentation musicale (voir Heidi Berry, page
191).
L’ouvrage, malgré un parti
pris très discutable au niveau de l’iconographie, un manque
de “ pleines pages ” et une qualité de reproduction
parfois médiocre, offre un panel digne d’intérêt du travail
de Vaughan Oliver. Les textes (uniquement disponibles en anglais)
sont en revanche clairs et laissent entrevoir de nombreuses
pistes sans tomber dans la lourdeur didactique ou pire la
prétention universitaire. Il n’existe que peu d’ouvrages sur
le sujet, hormis quelques catalogues aux prix dissuasifs,
ce qui constitue l’autre atout de Visceral Pleasure finalement
peu onéreux (environ 60 euros) compte tenu de son volume.
Pierre-Yves Marteau Saladin
• lien : http
: // www. 4ad.com
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